Charles Jouas (1866-1942) – 2ème partie : vie d’artiste

Après un premier article consacré à la vie privée de Charles Jouas, nous abordons maintenant son parcours professionnel, de la boulangerie du faubourg Saint-Antoine aux reconnaissances du monde artistique dans la première moitié du XXe siècle ; entre la peinture à l’huile de sa jeunesse et la gravure de sa maturité, la maîtrise du dessin et de la couleur est un fil conducteur majeur.

Dès la petite enfance, le jeune Charles aime dessiner. Lorsque ses parents l’inscrivent à l’âge de quatre ans chez les Frères de la Doctrine chrétienne, raconte Gobillot (1), Charles déclare : Je ne sais pas lire, mais je sais dessiner des bonhommes |sic]. Un goût qui devient une passion : Charles dessine et se met à peindre, il veut en faire son métier.
Avec qui Jouas apprend-il la peinture ? Probablement autodidacte à ses débuts, les catalogues d’exposition nous donnent quelques informations (2) : élève de MM. Grasset, E. Jouas et Clairin (1884) ; élève de Clairin, Boulanger, Lefebvre, Petitjean (1885) ; élève de Clairin et Petitjean (1892 et années suivantes).
Le nom d’E. Jouas attire l’attention, bien sûr… il s’agit probablement d’Édouard-Étienne Jouas, né à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) puis installé au Havre, élève de M. Rubé, actif à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, et qui a réalisé de nombreux décors de théâtre. Dans la presse de l’époque, les critiques mentionnent « M. Jouas », sans indication du prénom : il n’est pas toujours facile de s’y retrouver ! Mais Charles Jouas a indiscutablement réalisé quelques œuvres, peintures et eaux-fortes, au Havre, à Sainte-Adresse, à Trouville et dans les environs.

Charles Saunier (1865-1941), historien d’art, critique d’art et collectionneur, consacre un article à Charles Jouas en 1911 (3) et écrit : Il entra chez Rubé et Chaperon et brossa des décors de théâtre. Mêmes informations chez Gobillot (1). C’est dans ce travail de décorateur que Charles Jouas rencontre Georges Clairin (1843-1919), qui l’accepte dans son atelier, puis Gustave Boulanger (1824-1888), Jules Lefebvre (1836-1911) et Edmond Petitjean (1844-1925). Charles Jouas ne voit pas son avenir dans la décoration de théâtres, aspirant à des œuvres plus personnelles ; la peinture de paysages l’attire, comme on l’a vu en Normandie.
Début 1888, il effectue un long voyage en Tunisie (1), en compagnie de Victor Prouvé (1858-1943), peintre lorrain né à Nancy. Comme Clairin, Boulanger ou Prouvé, Charles Jouas est tenté par la peinture orientaliste : à partir de 1888 et jusqu’en 1895, il délaisse peu à peu les paysages normands et expose des vues de Tunisie et d’Égypte (2).

Quelques scènes parisiennes commencent à apparaître en 1892… Il pratique alors essentiellement la peinture à l’huile et l’aquarelle. Il est aussi attiré par l’illustration de livres : grand amateur de Gustave Doré, il en possède un autoportrait qu’il prêtera pour une rétrospective au Petit Palais en 1932. Le premier livre que Jouas illustre est un recueil de poèmes, La mer, de Jean Richepin, en 1886, avec 51 aquarelles.

Au début des années 1890, toujours tenté par l’orientalisme, il prépare une version illustrée à l’aquarelle d’un livre de Pierre Loti, Au Maroc, sur un exemplaire de l’édition Calmann-Lévy de 1890 ; il cherche un éditeur. Son ami Henri Noulhac (1866-1931), relieur, le présente en 1896 à Henri Beraldi (1849-1931), écrivain, amateur d’art, collectionneur d’estampes, bibliophile et éditeur. Beraldi dit à Jouas (propos rapportés par R. Gobillot, 1) : Le Maroc ne m’intéresse pas. Mais ce que vous faites ne me déplaît pas. Vous allez courir Paris, y prendre des croquis sur le vif et, dans huit jours, vous m’apporterez cela. […] Et Gobillot poursuit : Jouas s’esquiva sans répliquer. Il était bien trop content. Le cœur joyeux, il arpenta pendant une semaine les rues de la capitale, croquant scènes et types de la vie parisienne de 1896. Quand il revint, le délai expiré, montrer sa glane, Beraldi se déclara enchanté.

Cette rencontre avec Beraldi est un moment décisif dans la carrière de Charles Jouas. Beraldi lui confie l’illustration des Poèmes parisiens, d’Émile Goudeau : 150 compositions de Jouas gravées sur bois par Henry Paillard. C’est un livre pour bibliophiles que Beraldi édite en 1897, tiré à 138 exemplaires. Nous présentons ci-dessous un dessin réalisé par Jouas (4) et l’illustration correspondante gravée par Paillard.

Henri Beraldi est aussi un amoureux des Pyrénées, et prépare un livre, Cent ans aux Pyrénées. En 1897, il invite Jouas et Paillard dans sa maison de Luchon, tous trois multiplient les excursions ; Jouas réalise de nombreux dessins destinés à illustrer le livre. Cent ans aux Pyrénées est édité par Beraldi en sept volumes, de 1898 à 1904… sans les illustrations de Jouas, pour une raison inconnue. N’ont été intégrés aux volumes que les portraits de huit ou neuf « pyrénéistes » dessinés par Jouas et gravés sur bois par Paillard.

Mais la carrière de Jouas en tant qu’illustrateur est lancée ! 1898, Boum-Boum, de Jules Claretie (5 reproductions en photolithographie) ; 1899, Les Fleurs du mal, de Charles Baudelaire (collectif d’illustrateurs) ; 1901, La Corde, de Jules Claretie (12 compositions gravées sur bois par Léon Boisson) ; 1901, Quo Vadis, d’H. Sienkiewicz (2 compositions gravées sur bois par Eugène Dété).
Pourtant, les gravures sur bois de Paillard, puis celles de Boisson ne donnent pas satisfaction, ne reflétant pas la finesse et la force des dessins de Jouas : L’aventure de La Corde fit réfléchir Charles Jouas qui, comprenant qu’on n’est jamais mieux interprété que par soi-même, s’initia bravement au métier de graveur à l’eau-forte en vue d’illustrations futures (3). Comment s’est-il initié à la gravure, qui l’a formé ? Nous l’ignorons. En 1902, il participe à l’exposition de la gravure sur bois à l’École nationale des Beaux-Arts, mais c’est finalement la gravure à l’eau-forte qu’il retient.
Abandonnant la peinture à l’huile, Charles Jouas devient donc aquafortiste et continue de pratiquer l’aquarelle et le dessin ; ses dessins ne sont pas de simples dessins à la mine de plomb, mais le plus souvent rehaussés de couleurs : sanguine, gouache, crayons de couleurs, fusain, etc.
Parallèlement, Jouas travaille aussi pour des revues illustrées : 1901, Les réfugiés, de Conan Doyle, dans La Vie illustrée ; 1901, Paris-Pretoria au profit des blessés boers de la guerre du Transvaal, avec d’autres illustrateurs, dont Louise Desbordes-Jouas ; 1905, La Symbolique de Notre-Dame de Paris, de Joris-Karl Huysmans, dans Le Tour de France.

Et ce dernier travail souligne une nouvelle rencontre importante pour Jouas en 1904 : J.K. Huysmans (1848-1907), écrivain et critique d’art. Les deux hommes sont mis en relation par Romagnol (1865-1918), graveur, libraire et éditeur d’art qui envisage une édition illustrée d’un livre de Huysmans, Le Quartier Notre-Dame. Gobillot raconte (1) : À cette occasion, Romagnol conduisit chez J.K. Huysmans notre bon Jouas, qui portait sous son bras un carton bourré de dessins et d’études. À peine [Huysmans] eut-il pris connaissance de l’œuvre de Jouas qu’il se déclara conquis. L’artiste n’avait plus qu’à se mettre à l’œuvre.
Le Quartier Notre-Dame est édité par Romagnol en 1905, illustré de 30 eaux-fortes de Jouas et un portrait de Huysmans gravé sur bois, tiré à 350 exemplaires ; il est exposé au Salon d’Automne en 1905. C’est le premier livre pour lequel Jouas grave lui-même ses compositions. À propos de ce livre, Huysmans dira : L’artiste choisi m’a, je crois, fort bien interprété. Ce Jouas est un aquafortiste avisé et subtil. Il a eu la chance de tomber sur Romagnol, un éditeur éclairé qui l’a, c’est visible, doctement conseillé. (5)

Au début de 1905, Huysmans rédige un article pour Le Tour de France, revue récemment fondée par Émile Sedeyn (1871-1946), journaliste, écrivain et critique d’art : La Symbolique de Notre-Dame de Paris. Sedeyn raconte (6) : Il faut vous adresser à Charles Jouas, me dit Huysmans ; et comme il n’ignorait rien de la vie difficile des revues d’art, il ajouta aussitôt : Vous vous entendrez avec lui et il s’entendra avec vous. Il ne vit pas de l’air du temps, mais il ne dîne pas chez les duchesses, il n’a pas besoin d’habit à queue de pie. […] Il m’assura encore que Jouas travaillait pour travailler, non pour gagner de l’argent bien qu’il en eût besoin comme nous tous. […] Je fis la connaissance de Charles Jouas. Un garçon dans la trentaine, de carrure solide, et le visage orné d’une barbe tirant sur le fauve, mais sans rien dans la mise ni dans la dégaine qui mît l’artiste en évidence. |…] Cette façon si particulière d’écouter en baissant un peu le front et en levant les yeux, qui trahit un effort de l’esprit pour pénétrer la pensée de l’interlocuteur ; et aussi ce regard ascendant et calme, qui ne livre au premier moment que sa sincérité […] ; puis dans la parole (dont il n’abusait pas) ce désir de précision, où perce l’amour de la chose bien faite. L’œil était clair et vif, la voix chaude avec des inflexions nuancées. Nous nous entendîmes tout de suite, sans la moindre discussion.
Charles Jouas a trouvé son thème de prédilection dans les paysages urbains : il dessine abondamment les églises, les vieilles demeures, les travaux du métro parisien autour de 1905, les anciens quartiers menacés de démolition, etc. Il a aussi trouvé sa « marque », qui distingue ses œuvres de tant d’autres, cherchant des vues originales parfois aventureuses. Citons Charles Baussan (1860-1955), journaliste et écrivain : Où M. Jouas a-t-il pu se jucher pour prendre ces croquis ? On n’oserait l’y suivre. Mais lui, dans ce jardin où fleurissent les flèches, les gargouilles, les clochetons, où le soleil est plus proche et la lumière plus pure, il est chez lui. (7)

Après la mort de Huysmans en 1907, Jouas illustre encore quelques-autres de ses livres : La Cathédrale (Chartres, deux versions, en 1909 et 1919) ; Trois églises (1920) ; Les Croquis parisiens (1928) ; un projet cité en 1928 pour Les Foules de Lourdes, n’a pas abouti ; et un hommage par Paul Valéry, Huysmans (1927). La Société J.K. Huysmans est créée en 1926, Jouas en est un membre fondateur et adhèrent jusqu’à sa mort en 1942.
Pour d’autres auteurs, il illustre aussi des livres sur la Seine, Rouen, Reims, Besançon… À côté des cathédrales et des églises gothiques du Moyen Âge, Jouas s’intéresse aussi au siècle de Louis XIV : il illustre par exemple La Cité des eaux, d’Henri de Régnier (1912), Le Charme de Versailles, de Camille Mauclair (1931), ou encore Vauban, de Daniel Halévy (1947).

En 1924, Charles Jouas crée la Société de Saint-Eloy, avec André Dauchez et Henri Vever (1854-1942), joailler, collectionneur et bibliophile ; le graveur Pierre Gusman (1862-1941) est aussi parfois cité parmi les fondateurs. Cette société de bibliophiles a pour objectif de réunir des peintres-graveurs et des amateurs, et de publier des livres d’art illustrés collectivement par une quinzaine d’artistes membres.
Le premier livre publié par la jeune Société en 1925 est Paris, ses eaux et ses fontaines, de Georges Montorgueil. Chaque graveur fournit une illustration : Dauchez, une gravure de la fontaine de la Concorde. Jouas lui dédicace alors une belle aquarelle pleine de vie et d’humour : À mon ami André Dauchez, le maître de cette fontaine – Fontaine de la Concorde, pendant le passage des souverains russes – 1925, Vive Saint Eloy (8). De quels souverains russes s’agit-il ? En 1925 s’est tenue à Paris l’Exposition Internationale des Arts décoratifs, et Jouas fait peut-être allusion aux membres de la délégation soviétique ou aux dirigeants de l’URSS ?
Un an plus tard (16 mars 1926), Jouas illustre le menu du dîner de la Société et dédicace un exemplaire : À mon cher André Dauchez – Ch. Jouas – 1926 (8).

Huit livres sont ainsi publiés entre 1925 et 1939, dont Les Petites Villes de France (deux volumes, 1935 et 1937), d’Émile Sedeyn, que Jouas avait rencontré en 1905 ; l’auteur avait prévu un troisième volume, comprenant un chapitre sur Valognes dont Jouas avait préparé les illustrations pendant l’été 1941, quelques mois avant sa mort. La Société de Saint-Eloy a alors choisi de publier ce chapitre séparément en 1946, avec les dessins et aquarelles de Jouas : Valognes – Hommage à Charles Jouas (6).

Au total, c’est une quarantaine de livres que Jouas a illustrés, seul ou avec d’autres artistes, ainsi que quelques revues. L’illustration est donc devenue une part importante de son activité, mais ne doit pas laisser dans l’ombre son travail de peintre-graveur participant à de nombreux Salons, et membre de plusieurs sociétés artistiques. Voir la liste de ces livres et revues ci-dessous.

Charles Jouas expose au Salon des Artistes français ; la base Salons du Musée d’Orsay (2) le mentionne pour la première fois en 1884, mais d’autres sources indiquent 1881 (dossier pour la Légion d’honneur, texte de Charles Saunier (3)) ; il y expose jusqu’en 1904.
Il quitte ce Salon et rejoint la Société Nationale des Beaux-Arts en tant que membre associé en 1905, présentant une suite d’eaux-fortes pour Le Quartier Notre-Dame de Huysmans. Il est nommé Sociétaire, section gravure, en 1913 ; membre du Conseil d’administration en 1923 ; président de la section gravure en 1931. La gravure, parent pauvre des arts graphiques, est mise en avant par Jouas ; il organise aussi une présentation de livres illustrés dans la section de gravure.

C’est un parcours assez proche de celui de Dauchez, qui a exposé au Salon des Artistes Français de 1887 à 1893, puis à la SNBA à partir de 1894, devenant membre du Conseil d’administration en 1923, et président de la Société en 1931. Les liens professionnels complètent les liens d’amitié déjà évoqués. En décembre 1936, Dauchez affronte une cabale au sein du Conseil d’administration, dont il démissionne ; il est suivi dans sa démission par douze autres membres du Conseil, dont Jouas. Ce petit groupe organise au printemps 1937 une exposition à la Galerie Charpentier, sous le nom de Groupe Indépendant de la Nationale, exposition qui réunit près de 200 exposants.
En 1938 est créé le Salon National Indépendant, présidé par André Dauchez ; sous l’égide de Dauchez et Jouas, la gravure tient une place importante et réunit nombre de graveurs renommés. En 1942, une rétrospective est organisée, rendant hommage à quelques-uns d’entre eux récemment décédés, dont Jouas ; le SNI l’honorera encore au Salon de 1944.
Mais revenons en arrière…
En 1905, Jouas adhère à la Société des Peintres du Paris moderne, fondée en 1903. Le président d’honneur est Léonce Bénédite, historien de l’art et conservateur du musée du Luxembourg, et le président, Jean Guiffrey, fondateur de la Société et conservateur-adjoint au musée du Louvre. Le but de cette société est de grouper dans des expositions périodiques les œuvres d’artistes s’intéressant spécialement à reproduire les paysages et les intérieurs de Paris ou des scènes de la vie parisienne. L’exposition de 1905 se tient à la Galerie des Artistes modernes, de MM. Chaine et Simonson, et les années suivantes au Grand Palais, à la Galerie Georges Petit, puis d’autres galeries. Jouas devient membre du Comité en 1910 et expose jusqu’en 1930 au moins. La Société a-t-elle perduré ? À la fin des années 20, la presse en parle moins, elle semble être passée au second plan.

La Société des Peintres-Graveurs français est créée en 1889 par Félix Bracquemond, pour promouvoir la gravure originale (par opposition à la gravure de reproduction) ; après lui, elle sera présidée par Léonce Bénédite, Auguste Rodin, Eugène Carrière, Jean-Louis Forain, Albert Besnard, Auguste Lepère, Jacques Beltrand, etc. La Société se met en sommeil entre 1898 et 1905 puis reprend au Grand Palais en 1906. Charles Jouas y participe pour la première fois cette année-là ; son nom n’est plus cité les années suivantes, et la Société cesse d’exposer pendant la guerre et jusqu’en 1926. Elle ressuscite en 1927 pour sa XVe exposition, à la Bibliothèque nationale, et Jouas y participe à nouveau ; il y expose jusqu’en 1941. Là encore, on trouve une similitude de parcours avec André Dauchez qui a participé à toutes les expositions organisées par les Peintres-Graveurs de 1906 à 1941.
Charles Saunier écrit : Si les Peintres-Graveurs réussissent à donner à leurs œuvres des accents aussi particuliers, c’est qu’ils se doublent, en général, de bons dessinateurs aptes à noter des sensations directement perçues. Et parmi ces dessinateurs, il n’en est pas de plus adroit de son crayon que Charles Jouas. Subtil magicien, non seulement il rend l’accent aux vieilles pierres, mais il insuffle vie aux images qu’elles retiennent. (9)

Charles Jouas devient aussi membre de la Société internationale de la Gravure originale en noir dès sa création en 1908 par Édouard André, du Syndicat de la Presse artistique. Elle est présidée par Rodin et expose à la Galerie Devambez, réunissant toutes les techniques : eau-forte, lithographie, gravure sur bois, pointe sèche, etc. En 1909, plus couramment nommée Société de la Gravure originale en noir, elle expose à la Galerie Allard ; son succès se confirme. Jouas est membre du comité d’organisation en 1912. Les expositions sont interrompues par la première guerre mondiale et reprennent à la Galerie Simonson (1921-1927), puis à la Galerie Javal et Bourdeaux (1929-1930) ; Jouas participe à ces expositions jusqu’en 1930, nous n’en avons plus trace ensuite. Dauchez est lui-aussi membre de cette Société entre 1924 et 1930.

À Paris, on le retrouve aussi dans de nombreuses autres expositions collectives où Jouas et Dauchez se côtoient fréquemment : Cercle International des Arts (1907), Hôtel de Ville de Paris (1912), Société des Artistes graveurs originaux (Galerie Manzi, 1912), exposition des Peintres de Versailles (Galerie Hessèle, 1912), Société La Phalange (Galerie Chaine et Simonson, 1914), Georges Crès éditeur d’art (1914), Aquafortistes français (Cercle Universel des Arts, 1914), Ligue Souvenez-vous (Galerie Georges Petit, 1917), Coins de Paris (Galerie Le Nouvel Essor, 1920), Association amicale et professionnelle des graveurs à l’eau-forte (Galerie Simonson, 1921 et 1924), American Women’s Club (1922, 1926), exposition de graveurs (Galerie Marcel Guiot, 1924), Société des graveurs contemporains (musée des Arts décoratifs, 1924), L’Éclectique (Galerie Simonson, 1922, 1925,1927, 1928), Touring-Club de France (1925 et 1927), Exposition des Arts décoratifs (Esplanade des Invalides, 1925 ; musée des Arts décoratifs, 1937), Arts du livre moderne (Musée Galliera, 1925), Exposition internationale des Arts décoratifs (1925), Figaro (1930, 1931, 1932), Salon International du Livre d’art (Petit Palais, 1931), Salon des Artistes décorateurs (Grand Palais, 1931), Exposition normande (Galerie d’art du Bûcheron, Le Sylve, 1934), Exposition des Intimités (chez le décorateur Gallet, 1935), Le Jura français (Galerie Attica, 1935), Les Artistes de ce temps (Petit Palais, 1936). Des articles de journaux le citent pour ces expositions, il y en a probablement eu d’autres (10).
Des expositions personnelles ont lieu à Paris en 1910, 1913, 1916, 1918 à la Galerie Chaine et Simonson (Galerie des Artistes modernes, 19 rue Caumartin à Paris). C’est notamment lors de ces expositions que le musée Carnavalet, dédié à l’histoire de Paris, achète plusieurs dessins et eaux-fortes ; ce musée conserve aujourd’hui plus d’une centaine d’œuvres de Jouas.

Au-delà de Paris, Charles Jouas participe régulièrement à diverses  expositions, que l’on retrouve grâce à la presse lorsqu’il est cité (10) : les Amis des Arts de Versailles (1884 à 1889), les Amis des Arts de la Somme, à Amiens (1885, 1894), Poitiers (1887), les Amis des Arts de Lorraine, à Nancy (1888 à 1894, puis 1909 ; peut-être en raison de son amitié avec Victor Prouvé, avec qui il a voyagé en Tunisie ?), et plus tard Valenciennes (1911), Bordeaux (1914 ; 1919 à 1924), Château de Chantilly (1937).
Charles Jouas ne semble pas avoir souvent participé à des expositions internationales. Il est mentionné dans le catalogue de l’Exhibition of french modern art, aux États-Unis en 1919.

Charles Jouas sera aussi juré pour divers concours et sociétés artistiques : Société Nationale des Beaux-Arts bien sûr (1931 à 1936), mais aussi Société d’encouragement à l’Art et à l’Industrie (1925, 1926), Société coloniale des Artistes français (1928 à 1933), Fondation Florence Blumenthal / Fondation américaine pour la pensée et l’art français (1930 à 1938), Revue des Poètes (1935), Grands Prix de l’Académie des Beaux-Arts (1942).

Charles Jouas est nommé Officier d’Académie en 1908, puis Officier de l’Instruction publique en mars 1914 ; il s’agit d’un titre universitaire créé en 1808, modifié en 1850, et intégré à l’Ordre des Palmes académiques en 1955.
Il est nommé Chevalier de la Légion d’honneur en janvier 1920. L’usage veut que la décoration soit remise par un membre de l’Ordre : c’est Alfred Porcabeuf, imprimeur d’art et lui-même Chevalier, qui lui remet l’insigne le 6 février 1920.
En juillet 1935, il est promu Officier de la Légion d’honneur ; André Dauchez, promu Officier en 1932, le décore du ruban rouge le 1er décembre.

De nombreux musées conservent aujourd’hui des œuvres de Charles Jouas, achetées à l’artiste de son vivant, ou provenant de legs de collectionneurs, ou achetées lors de ventes récentes, montrant ainsi l’intérêt toujours actuel pour cet artiste.
À Paris, le musée Carnavalet possède une belle collection (plus d’une centaine d’œuvres), ainsi que le Petit Palais / musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (14 eaux-fortes). L’État, acquéreur de plusieurs œuvres, les a confiées à différents musées et institutions : musée d’Orsay, ministère des Affaires étrangères, Comptoir des Entrepreneurs, Institut français de Pologne à Varsovie, Bibliothèque nationale, musée des Beaux-Arts de Limoges, musée de la Porcelaine à Limoges, musée du Val-de-Grâce.

En région parisienne, le musée du Vieil Argenteuil conserve treize dessins et eaux-fortes venant du don Borderel en 1931-1932 ; Jean Borderel, né à Argenteuil en 1857 et mort à Paris en 1933, était un industriel, collectionneur et bibliophile, Commandeur de la Légion d’honneur ; le musée de l’Hôtel-Dieu à Mantes-la-Jolie, outre un dessin rehaussé et une peinture, a fait l’acquisition de 34 dessins en 2005 ; à Nanterre, le musée d’Histoire contemporaine / Bibliothèque La Contemporaine conserve onze eaux-fortes et un pastel ; à Poissy, musée d’Art et d’Histoire, un dessin rehaussé au fusain et pastel, acquis en 1984 ; au château de Sceaux, musée départemental des Hauts-de-Seine, deux eaux-fortes ; au château de Versailles, deux dessins rehaussés, et bien sûr le livre illustré La Cité des eaux, achetés en 2018 et 2019.
Le musée des Beaux-Arts d’Angers conserve un dessin et une eau-forte de Charles Jouas, ainsi que deux peintures de Louise Desbordes-Jouas, don de leur ami Marc Leclerc, précédemment évoqué dans le chapitre Vie privée ; au musée basque de Bayonne, une œuvre, sans précision ; à la Bibliothèque municipale de Besançon, une douzaine de dessins et un ensemble de documents non détaillés ; au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, une eau-forte ; au musée des Beaux-Arts de Chartres, le livre illustré La Cathédrale, acquis en 2022, et une série de dessins et estampes ; au musée d’Art et d’Histoire de Dreux, un dessin ; au musée Stendhal à Grenoble, le livre de Mauclair, Le Charme de Versailles ; au musée d’Histoire / Château des Ducs de Bretagne, l’affiche Souvenez-vous ! ; au musée des Beaux-Arts de Reims, cinq dessins ; au musée des Beaux-Arts de Rouen, un dessin ; au musée d’Art et d’Archéologie de Senlis, un dessin. Enfin, le musée pyrénéen de Lourdes conserverait un nombre important de dessins et aquarelles réalisés par Jouas lors de ses excursions pyrénéennes de 1897 (avec Beraldi), 1922 et 1927 (avec Louis Le Bondidier, fondateur du musée de Lourdes), mais ce fonds n’est pas mentionné sur le site du musée ; il a toutefois été mis en valeur en 1992 par le musée pyrénéen à travers une exposition et un catalogue : Charles Jouas, Un artiste aux Pyrénées.

Quelques musées à l’étranger : Londres, British Museum ; Genève, musée d’Art et d’Histoire ; Amsterdam, Rijksmuseum ; Kansas, Spencer Museum of Art ; Boston, Museum of Fine Arts ; Wilmington, Delaware Art Museum…

Cette liste de musées ne prétend pas être exhaustive ! Elle montre que Charles Jouas, souvent présenté comme un illustrateur de Paris, a aussi trouvé de très nombreuses inspirations bien au-delà de la capitale (Chartres, Besançon, Le Havre, Bayonne, Angers, Senlis, …), intéressant de nombreux musées, mais aussi des amateurs d’art qui, par leurs donations, ont enrichi les collections des musées.
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Charles Jouas meurt le 14 mai 1942, triste période pour Paris et les régions de France qu’il a tant aimées. En août – septembre 1942, le Salon National Indépendant et le Salon du Dessin organisent au Palais des Beaux-Arts de Paris une rétrospective de leurs membres récemment décédés : Charles Jouas, Auguste Brouet, Jules-Louis Chadel et Chas Laborde.
En avril 1944, quelques-unes de ses œuvres sont exposées au musée Galliera, au bénéfice de l’Entraide des Artistes ; une exposition posthume est organisée à la Galerie Art français la même année, et, en juillet, le Salon National Indépendant lui rend hommage dans son exposition annuelle, qui se tient alors au Palais de Tokio.
Maxime Juan (1900-1992), artiste et membre de la Société de Saint Eloy de 1961 à 1981, grave cette vue de la Cour de Rohan, avec le portrait de Jouas en remarque (8) :

  • (1) René Gobillot, Les Samedis de Charles Jouas, 1936, Librairie Auguste Fontaine.
  • (2) Base Salons du Musée d’Orsay, jusqu’en 1914, pour les principaux Salons.
  •  (3) Charles Saunier, Les graveurs de Paris, 1911, Société d’iconographie parisienne, consulté sur Gallica
  •  (4) Le dessin (fusain, encre, aquarelle et gouache blanche, 32×45) a été vendu par la galerie La Nouvelle Athènes à Paris.
  •  (5) Gustave Coquiot, Le vrai J.K. Huysmans, 1912, Charles Bosse libraire, consulté sur Gallica.
  •  (6) Émile Sedeyn, Valognes – Hommage à Charles Jouas, 1946, Société de Saint Eloy, consulté sur le site de la Bibliothèque de Reims.
  • (7) Charles Baussan, La Semaine littéraire, décembre 1913, consulté sur Gallica.
  •  (8) Archives familiales
  • (9) Charles Saunier, La revue politique et littéraire, 1933, consulté sur Gallica.
  • (10) Articles sur Gallica.

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